En fait, qu’est ce que le cyclisme féminin ?

Ce qu’on étiquette “cyclisme féminin” est une question complexe qui touche à la fois à la réalité de la pratique de ce sport par les femmes mais aussi aux moyens à mettre en oeuvre pour aller vers un développement de cette discipline auprès d’elles.

S’il n’est pas difficile de savoir combien il y a de basketteurs en France, lorsqu’il faut connaître le nombre de personnes roulant à vélo, la tâche devient quasi impossible.
Quant à savoir combien de femmes roulent à vélo, cela ne peut se faire que grossièrement en recoupant les enquêtes disponibles.

Ce que représente le cyclisme féminin

Justement, en croisant les résultats de différentes enquêtes, il est possible d’estimer à 200 000 le nombre de femmes ayant une pratique sportive du vélo.
Ce premier point supporte deux sortes de questions.

  • De quoi parle-t-on quand on dit “pratique sportive” ?
  • Pourquoi cette notion de “pratique sportive” est-elle importante ?
cyclisme féminin

 Loisirs vs sportif

La pratique sportive se distingue de celle de loisirs par le nombre de kilomètres réalisés et par la fréquence des sorties.

  • Le cycliste “sportif” parcourent plusieurs milliers de kilomètres par an. Il roule plusieurs fois par semaine sur des distances supérieures à 70 km à partir du domicile.
  • La pratique de loisirs n’est ni régulière ni structurée. Les distances sont courtes et les sorties sont très occasionnelles. 

La pratique sportive

La question de la pratique sportive est pourtant centrale car, au delà de l’aspect compétition, elle démontre un engagement dans une pratique physique régulière et suffisamment intense pour contribuer au maintien du bien être et de la santé.

La tentation du décompte

Même si elles font du vélo, les femmes ont différentes manières de pratiquer sportivement le vélo. Il est possible de partager le “cyclisme féminin” en trois catégories.  

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Les compétitrices

Pour elles, l’objectif c’est la compétition qu’elles pratiquent au sein de clubs affiliés aux principales fédérations. Ce sont, très souvent, de jeunes cyclistes. On sait que les femmes représentent 10% du total des licenciés de la Fédération Française de Cyclisme (FFC). Ce qui représente, globalement 10 000 licenciées.
A la FFC toujours, on fait le constat que le nombre de licenciées chute une fois que les jeunes filles passent à l’âge adulte. Par exemple, moins de 5 % des adultes de plus de 30 ans ayant une licence à la FFC sont des femmes.

Les sportives

Elles roulent à vélo plusieurs fois par semaine. On considère qu’elles ont une pratique régulière voire méthodique qu’elles organisent, le plus souvent, à partir d’un club. FFC, UFOLEP, FSGT et FFvélo.
Ce groupe de cyclistes est polymorphe mais a un point commun : rouler à vélo le plus souvent possible. Elles font des brevets, des compétitions sous la forme de cyclosportives, le plus souvent. Elles participent, parfois, à des courses en peloton organisées par les fédérations.
La fourchette est large, mais on estime entre 50 000 à 70 000 le nombre de femmes cyclistes entrant dans cette catégorie.

Les amateurs

Elles roulent irrégulièrement à vélo, de l’ordre de plusieurs fois par mois.
La pratique peut être saisonnière, lorsque les conditions climatiques sont favorables.
Bien souvent, elles ne sont ni licenciées, ni pratiquantes en club. Elles aiment l’idée de la pratique sportive du vélo, en ayant conscience de son intérêt pour leur bien-être. Elles peinent à trouver des occasions pour rouler n’ayant pas une pratique structurée.
Potentiellement, cette catégorie touche l’ensemble des femmes déclarant rouler à vélo. Pourtant, il est possible de distinguer 120 000 femmes ayant une pratique sportive plus régulière.

Le cyclisme féminin est polymorphe

Ainsi, le “cyclisme féminin” est polymorphe. D’une catégorie à l’autre, les manières de pratiquer sont aussi différentes que leurs profils.
Les compétitrices sont bien souvent liées par une culture familiale ancrée dans le cyclisme de compétition. Elles partagent avec les sportives une “culture” de la pratique sportive du vélo. Les routines sont déjà largement installées pour que la pratique perdure. Ce qui n’est pas le cas pour les amateurs qui sont éloignées des habitudes liées au cyclisme.

A partir de ces indications, il nous semble possible de penser que le potentiel de développement de la pratique sportive du vélo par les femmes est considérable. L’enjeu étant de passer d’une pratique irrégulière à une pratique plus structurée.

Freins et barrières

Mais avant d’aller plus loin, il nous semble indispensable de comprendre ce qui empêche les femmes de passer d’une pratique de loisirs à une pratique plus sportive. 

Antériorité de la pratique

Le cyclisme est un sport masculin. Non seulement, il est pratiqué quasi-exclusivement par les hommes mais en plus il attire spontanément les hommes. Les sociologues du sport utilisent l’expression “d’antériorité de la pratique” pour décrire ce phénomène.

Influence des stéréotypes de genre

La principale conséquence de cela de ce “marquage” sociologique est d’ordre psychologique. Des études ont montré que les individus ont un intérêt plus grand pour les activités qui correspondent à leur genre et un intérêt plus faible pour les activités appropriées au genre opposé. L’influence des stéréotypes de genre et des rôles attribués aux hommes et femmes est marquante. Elle semble être un frein au développement de la pratique des femmes.

Prendre le temps de rouler à vélo

C’est un point. Il y en a un second qu’on décrit dans cet article “Femmes et cyclisme font-ils bon ménage ? qu’on pourrait résumer ainsi “La pratique du vélo est une activité dispendieuse en temps, pour ne pas dire chronophage. Avant d’investir dans le matériel, il faut être sûr qu’on pourra pratiquer régulièrement, tout au moins, à la hauteur de l’investissement financier que l’on peut consacrer.”

Et il est vrai que les femmes sont plus assujetties aux tâches domestiques. Selon un rapport de l’INSEE, en 2015, il ressort que la part consacrée aux tâches domestiques joue en défaveur des femmes de 30 minutes par jour, ce qui représente 3 heures 30 par semaine. Le temps d’une bonne sortie à vélo au final.

Franchir les barrières

Une fois franchie toutes ces barrières psychosociales et matérielles, il serait intéressant d’observer concrètement comment une femme débutante, tout au moins inexpérimentée peut parvenir à une pratique sportive plus régulière. 

Rouler en couple

Elle peut, bien entendu, rouler seule, en couple ou avec des connaissances. C’est ainsi que ça se passe bien souvent. Lorsqu’elle a un niveau suffisant, il arrive qu’elle s’inscrive en club. Cette démarche est assez difficile pour une “sportive” inexpérimentée. 

Accueillir des cyclistes inexpérimentées

Force est de constater que les clubs ne sont pas organisés pour accueillir des débutants. Même si l’ambiance est sympathique et bienveillante, la priorité des membres est de rouler. Pour être intégrée, il faut savoir pédaler, suivre le groupe tout au moins, ne pas le ralentir de trop. Il existe, bien entendu, des groupes de niveau mais cela reste rare. Les clubs cyclistes sont nombreux mais les effectifs sont minces à chaque fois. Ce qui ne facilite pas l’accueil des cyclistes inexpérimentés. 

Accompagner

Ensuite, pour progresser, il faut rouler, de plus en plus souvent. Le plus gros objectif qui est, somme toute, un défi, est de parvenir à établir une routine. Le cycliste doit inscrire dans son emploi du temps des créneaux durant lesquels elle roule à vélo et s’y tenir malgré tous les obstacles qui se dressent. 

Soutenir

A cette question de la régularité se greffent celles des exigences liées à la pratique : position sur le vélo et réglages, réparation, équipements, gestion de l’effort, alimentation, hydratation, récupération, participation à une randonnée ou à une cyclosportive… 

Des structures inadaptées

Lorsqu’on débute ou qu’on est une cycliste inexpérimentée, le passage d’une pratique de loisirs à une pratique plus sportive est un réel défi. Les freins sont nombreux sans qu’il ne soient placés volontairement, en pleine conscience. C’est tout simplement que l’administration du cyclisme n’a pas encore mis en place les éléments déclencheurs pour favoriser une adhésion massive des femmes au cyclisme. Dans les faits, il y discrimination. 

Le développement du cyclisme féminin

La crise sanitaire du COVID-19 met en exergue la fragilité des modèles économiques du sport féminin. C’est ce que pointe cet article de Guillaume Battin, “Les années à venir du sport féminin ne vont pas être sympathiques” : les sportives redoutent de subir les premières les conséquences du coronavirus.

Cité dans cet article, Me Thierry Granturco, avocat au barreau de Paris et spécialiste du droit du sport, relève que “La concentration des investissements privés va faire en sorte que les annonceurs, sponsors, etc, vont se serrer la ceinture et aller au plus efficace. Aujourd’hui, le plus efficace, c’est le sport masculin. Les années à venir du sport féminin ne vont pas être sympathiques.”

Le sport masculin est privilégié car ses modèles économiques sont solides. Il attire et rassemble suffisamment de spectateurs pour convaincre sponsors et partenaires de s’y investir. Ce n’est pas le cas pour le sport féminin. Mis à part quelques événements, les spectateurs ne sont pas au rendez-vous.

Les causes sont multiples. En ce qui concerne le cyclisme, une des raisons, à notre sens, est l’hétérogénéité des niveaux qui fait que les scénarios sont écrits. C’est le sous-titre de l’article de Clément Guillou dans le journal “Le Monde” “La Néerlandaise de 36 ans, qui s’entraîne au rythme des hommes, a survolé l’épreuve et confirme la suprématie batave sur la discipline. Au risque de lasser.

Le nombre de compétitrices est trop faible pour permettre un lissage des niveaux qui rend, au final, les courses spectaculaires et donc médiatiques. Ce qui nous semble important, aujourd’hui, est stratégique. Elle se joue sur le moyen terme. Il est indispensable d’élargir la base des pratiquantes.
Cette première étape n’aura aucun effet immédiat sur le haut niveau. Mais la démocratisation et la massification peuvent avoir un double intérêt. De cette manière, on se donne la possibilité d’augmenter l’attention d’un nouveau public à la discipline.

Mais le plus important réside dans cette idée que nous notions dans un article précédent “4 pistes pour favoriser le développement du cyclisme féminin“.
“Plus les femmes seront nombreuses à pratiquer sportivement le vélo, plus l’image du cyclisme, sport masculin, se cassera. Ce qui, dans un second temps, influencera les familles et les jeunes filles à choisir le cyclisme comme activité sportive. C’est seulement dans ces conditions que le nombre de licenciées augmentera, à moyen terme.”

C’est pourquoi, nous pensons que le développement du cyclisme féminin passe par une démocratisation et la massification plutôt que par la mise en exergue des “élites”.
Tout au moins, c’est le sens des actions que nous menons avec Femme et Cycliste.

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