Paris Roubaix Féminin : grandeur et polémiques

La première édition du Paris Roubaix féminin a donné lieu à une épreuve dantesque qui révèle de nouveau la crédibilité qu’il faut accorder aux femmes cyclistes. Il aura fallu attendre 125 ans et un mois d’octobre pluvieux pour offrir un cadre parfait à une course qui restera dans les mémoires.

Il aura fallu 125 ans pour que la première édition du Paris Roubaix féminin se déroule enfin. A l’initiative de L’Union Cycliste Internationale (UCI), AMAURY SPORT ORGANISATION (ASO), l’organisateur de Paris-Roubaix mais aussi du Tour de France est à la manœuvre pour rendre possible cette première édition inscrite au World Tour.

Un Paris Roubaix féminin de légende

Et pour tout dire, cette première fois fut à la hauteur du mythe que cette course représente pour tous les cyclistes qu’ils soient homme ou femme.
116 km, 17 secteurs pavés (29 km) dont les célèbres Tranchée d’Aremberg et le carrefour de l’arbre qui consacrent généralement les vainqueurs. Des pavés mais aussi, de la pluie et de la boue qui les transforment en patinoire.

A ce jeu là, c’est une grande dame du cyclisme, l’Anglaise Élisabeth Deignan, qui s’extirpe du peloton à 82 km de l’arrivée pour la rejoindre en vainqueur déjouant tous les pièges et embûches.
Le peloton est piégé par l’audace de la Britannique de 32 ans au palmarès impressionnant. Si elle échappe aux écueils, ce n’est pas le cas de ses principales adversaires qui sont ralenties par des chutes et des hésitations. Marianne Vos et Elisa Longo-Borghini complètent le podium. Des femmes d’expérience au 5 premières places.

Paris roubaix féminin

Si les visages affichés par les cyclistes passant la ligne d’arrivée montrent l’énormité de cette première édition, on peut retenir également la moyenne de la Britannique : 39,656 km/h.
129 cyclistes étaient au départ, 105 à l’arrivée dont 61 classées et 44 hors-délais. Audrey Cordon-Ragot, première française est 8e à 2 min10 sec. 18 françaises étaient au départ, 9 sont à l’arrivée.

 Je suis très fière, a réagi la lauréate après avoir franchi la ligne. Ce qui s’est passé aujourd’hui restera dans l’histoire du cyclisme féminin, c’est énorme. Partir seule, ça n’était pas du tout le plan, surtout si tôt dans la course. Je voulais juste être bien positionnée à l’avant dans le premier secteur pavé pour mes leaders, mais, en voyant que j’avais créé un écart, j’ai décidé d’y aller et de ne plus me retourner. 

cité par Le Monde

La polémique : la grille des prix

Pourtant, derrière la légende que viennent d’écrire ces pionnières, la polémique est présente. Tellement énorme qu’elle a des difficultés à susciter des réactions de masse. Alors que le vainqueur reçoit une prime de 30 000€, celle de la course féminine est de 1 500€. Le total des dotations pour les femmes est de 7 005 € contre 91 000 € pour les hommes. 
En 2021, la grille des prix de l’Omloop Het Nieuwsblad avait suscité l’indignation : Inégalités dans le cyclisme : peut-on encore supporter ?.

L’organisateur se défend

L’organisation reconnaît la situation tout en expliquant qu’il faudrait l’arrivée de nouveaux sponsors pour permettre d’augmenter les primes pour les femmes. Avant de lancer un appel de fond sur internet pour aider l’organisateur, il faut quand même se souvenir qu’Amaury Sport Organisateur (ASO) figure parmi les sociétés organisateur d’événements les plus puissantes mondialement. Et certes, une amélioration de la grille des prix a un coût mais il s’agit d’un choix qu’un acteur principal du cyclisme et qui en profite peut faire pour gommer une inégalités

La réponse de l’organisateur est pragmatique. Les commentaires qu’on découvre sur les réseaux sociaux le sont aussi : distances plus courtes, concurrence moindre, manque de notoriété, médiatisation inférieure. A chaque fois des hommes qui disent ce qui est bon pour les femmes.
Pourtant, cette vie de cycliste, ce sont les femmes qui la vivent.

La réalité du cyclisme féminin

SPORTA, un organisme majeur du sport en Belgique, a mené une enquête auprès des cyclistes belges et envoyé aux coureures des équipes World Tour et continentales. Sur les 100 réponses, plus de la moitié déclarait gagner moins de 4 000€ par mois. Un cinquième gagne moins de 2 000€ bruts tandis que 60% des coureurs continental interrogés gagnent entre 1 000 et 2 000€.
L’enquête montre également que 88% des cyclistes avaient un contrat d’à peine un ou deux ans.

Selon l’UCI, les salaires des femmes du niveau World Tour avaient augmenté de 25% en moyenne. Les budgets de ces équipes étaient aussi à la hausse. Bien évidemment, les coureures du niveau supérieur gagnent mieux leur vie. Il reste cependant beaucoup de jeunes qui veulent se hisser au sommet du cyclisme et qui sont prêts à payer cher pour cela.

Les réformes ont des effets. Des courses prestigieuses accueillent le peloton féminin qui bénéficient de leur médiatisation. Il y a des gestes, symboliques certes, qui permettraient de lever les barrières.

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