Les championnats du Monde Mountain Bike Marathon 2019

On peut vous dire que la journée fut intense pour suivre “EN LIVE” le parcours de Laura Winkel sur internet. Elle participait aux championnats du monde Mountain Bike marathon à GRACHEN-SAINT NIKLAUS dans les Alpes Suisses.

Les championnats du Monde Mountain Bike Marathon 2019

Grächen est un village de montagne Suisse surplombant la vallée du Rhône. Y était organisé les championnats du monde Mountain bike Marathon 2019, la course qui consacre la championne du VTT longue distance.

championnats du monde Mountain Bike Marathon

Le parcours était à la hauteur de l’événement : des sentiers fluides, une montagne magique, des glaciers fascinants, des forêts luxuriantes, des vues à couper le souffle.
70 km et 2 700 de D+, tout de même.

championnats du monde Mountain Bike Marathon

Une équipe de France femme y participait. Pauline Ferrand-Prévot allait endosser le maillot de championne du monde pour sa première participation à une course longue distance.
Laura Winkel faisait partie du groupe France. Nous avons le plaisir de pouvoir publier le texte qui raconte cette expérience fabuleuse.

Le récit de Laura Winkel

Le week end dernier, c’était le moment de la saison que j’attendais.
Qualifiée suite à différentes manches UCI marathon pendant la saison, j’avais à cœur de bien faire.

Grächen, un petit bout du monde

Départ vendredi matin donc avec le coach Christophe Hebting pour un week end dans les alpes Suisses, à une centaine de kilomètres du lac Léman.
Sur le trajet, on retiendra la traversée d’un long tunnel dans la montagne à bord d’un auto train. Le principe est simple : on pose la voiture sur un wagon, on serre le frein à main et il suffit d’attendre.

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Discussion d’avant course

Arrivés au logement, le décor donne un air de conte imaginaire, proche de l’ambiance du Hobit. Impossible d’accéder au lieu en voiture. Il y a quelques centaines de mètres à faire à pied avec les affaires. Enfin pas tout à fait, puisque notre hôte nous attendait au niveau d’un pont de pierre authentique avec un petit motoculteur équipé d’une benne pour le transport de nos bagages. Le luxe, à la vue de la pente à grimper pour accéder au chalet de bois typique du Valais suisse. Un lieu reculé de tout, paisible et calme, tout le confort nécessaire est mis à disposition. Conditions parfaites d’avant course donc.

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Vendredi soir, on retrouve Hugo Zeller et ses parents au restaurant plus bas dans la vallée. Ni l’un ni l’autre ne sait trop à quoi s’attendre vis à vis du parcours mais aussi de la concurrence. Hugo a fait une reconnaissance du start loop dans l’après midi. Il me dit d’être prudente dans la première descente… à vrai dire ça ne me rassure pas trop, moi qui n’ai pas un niveau technique exceptionnel…

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Reconnaissance du parcours et préparatifs

Le lendemain, après une mâtinée à attendre que le temps passe (un supplice pour moi que de rester dans un cadre pareil à rien faire…), on part avec Hugo pour une sortie déblocage d’une heure. On reprend le circuit directement au pied de l’escalier du chalet. On attaque une montée sur macadam dans laquelle Hugo me dit qu’il va falloir s’y faire car demain les bosses se feront toutes sur route. J’ai du mal à y croire… la descente est fun mais il faut rester attentif. Les sensations sont bonnes.

L’après midi c’est l’heure de monter pour la première fois à Grächen, lieu du départ des championnats du monde Mountain Bike Marathon. On récupère après une heure d’attente notre plaque. C’est une ambiance assez spéciale, il y a un mélange de culture dans la file : Australie, Afrique du Sud, USA, Russie, Slovénie, Estonie, Espagne, Italie… c’est impressionnant.

Pour ce qui est du Team France, on ne peut pas vraiment parler d’un Team pour le coup. On est tous là chacun de son côté, venu là par nos propres moyens. On croisera quelques visages familiers tout de même. On ne s’attarde pas trop longtemps en haut. Un dernier Check au vélo puis il est l’heure de préparer les affaires et d’accrocher le dossard sur le maillot. On occupe, avec le coach, la soirée à suivre les résultats des copains aux 6 heures de la Yéti de YUTZ.
Une fois couchée, le sommeil est difficile à trouver, je me répète : « demain c’est les championnats du monde 🌈 … ».

Jour de course des championnats du monde Mountain Bike Marathon

5 h 50 le réveil sonne. Je ne parle pas beaucoup, je suis déjà dans ma bulle. Un petit dej’ bien complet comme d’habitude. Et c’est l’heure de prendre la route. Sur le trajet le coach essaye de détendre l’atmosphère, mais je suis déjà dans la course. Très concentrée. On se gare avant la ligne de départ, pour que la voiture soit prête à repartir sur le premier ravito. La météo semble bonne, il ne fait pas trop froid. On fait un premier test sur le Till start (une première pour moi, merci Arthur Hebting). Mais je préfère commencer l’échauffement en faisant des allers-retours dans la bosse.

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Le moment magique de l’appel

À 8 h 15 on peut accéder aux boxes de départ des championnats du monde Mountain Bike Marathon, où je choisis de poursuivre l’échauffement sur rouleaux. Le sas se remplit. Il y a de sacrés noms autour de moi, j’essaye de ne pas me laisser impressionner et reste concentrée. Pauline entre dans le boxe juste à côté du mien. Elle m’adresse un « salut » qui me fait sourire et je me dis : « tu vas faire la même course qu’elle quoi, c’est énorme ! ».

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On est ensuite appelée une par une sur la ligne de départ. Ce moment est particulièrement magique. L’ambiance est énorme. Je suis en 4 ème ligne. À deux minutes du départ, je n’entends plus rien autour de moi. Je regarde le chrono et me prépare à savourer ce moment.

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9h00 : au coup de pistolet c’est parti ! Ce qui est clair c’est que ça part fort, très très fort même ! Impossible d’accrocher les roues, ça double encore et encore. Quand je me retourne il n’y a plus grand monde derrière pourtant je suis dans le rouge. Le ton est donné, on est bien sur une course de haut niveau.
Le premier start loop nous fait repasser en ville avec une ambiance de folie même à l’arrière de la course. Petite anecdote avec le privilège de recevoir les encouragements de Julien Absalon qui part déjà à la première zone pour ravitailler Pauline.

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Une première partie bien en rythme

Pour la suite, pas loin de 1 000 m de d- sont au programme. La descente est assez technique, sur un single mêlant racines, succession d’épingles, caillasses bien tranchantes. Et étonnamment tout se passe très bien, j’enchaîne avec une certaine fluidité et je suis plutôt satisfaite de mon sens de l’engagement dans la pente pour une fois. On arrive ensuite sur le tracé reconnu la veille avec 15 km de bouclés en moins d’une heure. C’est pas si mal, sauf que le hic c’est que j’ai seulement 400m de d+ sur 3000…

Mais où est passé le coach ?

Km 20, 2 ème ravito… sauf qu’il y a un problème. Je ne trouve pas le coach… j’apprendrais ensuite qu’il a été bloqué au dernier ravito (route barrée). Du coup gros coup dur mentalement, je me prépare à affronter plus de 1 000 m de d+ sur 13 km en étant à sec… Dès le pied de la bosse, j’ai la sensation d’être cuite. Les jambes m’ont lâché, non pas maintenant ! Impossible d’appuyer plus fort sur les pédales. La montée se fait essentiellement sur route en macadam, qui plus est en plein soleil. Je suis littéralement collée. C’est à ce moment que Camille Cabley me passe mais malgré son invitation à rester dans sa roue et ses nombreux encouragements, je la laisse partir.

A ce moment dans ma tête c’est vraiment un moment difficile, je n’y arrive plus et quand je regarde les kilomètres restants, je me dis que c’est pas possible. L’idée de faire demi-tour, synonyme d’abandon, comme l’ont fait trois autres concurrentes, n’est pas concevable. Pas avec ce maillot, pas avec tous les mots d’encouragement que vous m’avez laissé… alors je prends mon mal en patience et coups de pédales après coups de pédale je me dis que je vais bien finir par arriver en haut.

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Törbel, un petit village perché dans la montagne, point culminant de ce calvaire de 13km ! Ouf enfin ! Le passage dans le village est fait pour le spectacle. On enchaine les ruelles étroites et bien raides.
Dans un moment de folie je m’engage dans un passage où je me dis « euh c’est chaud là quand même… » mais trop tard tout le monde me regarde, je suis lancée, et ça passe crème ! Ce qui me vaut des encouragements supplémentaires. Par contre bémols, un signaleur m’oriente vers la route, je descends plusieurs centaines de mètres et je me rends compte qu’il n’y a plus de rubalises… demi tour direct et on remonte, effectivement j’ai loupé une bifurque. Le bénévole s’en excuse. Je suis plus à une place près de toute façon…

2ème grosse descente, le haut passe très bien mais la partie basse se corse. Une succession d’épingles poussiéreuses et pentues me font mettre pied à terre sur quelques mètres. En bas 3ème ravito, quel soulagement de voir le coach ! On recharge enfin en eau et nourriture mais aussi le mental.

Retour vers Grächen

Il va en falloir, on est au km 47, ce qui signifie encore 23 et quasi que du d+… on remonte la vallée en empruntant un sentier en contre bas de la route principale. Succession de pétards bien raides. Les jambes ne sont toujours pas là, et des maux de ventre font leur apparition. A ce moment je regarde la montre il est 13 h, la première dame doit en finir à ce moment, et les premiers hommes reviennent sur moi. Ça rigole pas. Je me pousse du mieux que je peux pour ne pas les gêner en gardant toujours un œil derrière. C’est pas très agréable, mais il s’agit là de la tête de course et donc du futur champion du monde.

championnats du monde Mountain Bike Marathon

Dernier ravito, on est au pied de la bosse qui emmène à Grächen. Je n’en peux plus. Il reste plus de 10 km, mais ça me paraît infaisable. Les mots du coach seront importants, à ce moment dans la tête je me dis que je ne peux pas lâcher maintenant. Je serre encore les dents et attaque la longue montée sur route. C’est interminable et pourtant pas si raide.
A ce moment, mon dos me lâche aussi, décidément… en fait je retiendrai que quand la tête n’est plus là le reste lâche aussi. Un portage conclut cette montée, mais on est enfin sur des chemins, c’est pas si mal du coup.

5 derniers kilomètres…

Km 65, Grächen est en approche, on entend l’ambiance de la zone d’arrivée. Mais ce n’est pas encore pour tout de suite. Un finish loop de 5km nous attend. Dans un moment de regain d’énergie, je me surprends à prendre la roue d’un allemand qui lui a l’air dans un moment difficile avec des crampes aux mollets.
Un dernier single bien technique et c’est l’arrivée en ville, il y a encore beaucoup de monde et une belle ambiance. Beaucoup d’émotion au moment de boucler ces 70 km en 6 h 26.

Le moment du bilan des championnats du monde Mountain Bike Marathon

Une lutte infernale contre moi même sur près de 50km. Forcément de la déception car ce n’est pas le résultat attendu. J’ai fait avec les jambes, particulièrement capricieuses, du jour. Il faut essayer de relativiser, se confronter au haut niveau c’est difficile surtout quand le vélo reste une passion et non un métier. De plus, une note positive quand j’apprends ensuite que Pauline l’a fait, le doublé ! Sur ce même circuit, elle a mené une bataille qui lui offre un deuxième titre mondial en trois semaines, c’est énorme. Espérons que sa victoire contribuera à l’avenir à donner un peu plus d’entrain à cette discipline du cyclisme.

Pour la suite, en ce qui me concerne, il est difficile de boucler la saison de cette façon… alors pourquoi pas se rendre à Ornans le 06 octobre pour les championnats de France vtt marathon.  à suivre…

championnats du monde Mountain Bike Marathon

Un énorme merci à Christophe pour son investissement exceptionnel et pour avoir partagé ces championnats du monde Mountain Bike Marathon à mes côtés, merci aussi à vous tous pour vos encouragements et d’avoir cru en moi. Merci également à Julien Baù, pour la révision de dernière minute du vélo, une vraie horloge suisse !

Pour retrouver Laura au Roc d’Ardenne.

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